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Bon prof/ mauvais prof, une vision à dépasser

« Qu’est-ce qu’un bon prof ? » Posez la question à Google et vous allez voir apparaître des dizaines de listes répertoriant les qualités humaines et professionnelles qu’un enseignant doit avoir pour être « bon ». Mais réduire le professeur, qui contrairement à d’autres systèmes éducatifs tient une place centrale dans la pédagogie à la française à une liste de qualités serait caricatural. D’ailleurs, ne devrait-on pas procéder par l’absurde : qu’est-ce qu’un mauvais professeur ? De là, une première ébauche de définition peut être constituée : un mauvais prof, c’est celui qui n’est pas à l’heure, qui n’écoute pas ses élèves, qui est impatient, incompétent, ne permet pas aux élèves d’assimiler etc. Intuitivement, nous avons tous, plus ou moins, les mêmes expressions qui nous reviennent quand il faut décrire ce que n’est pas un bon professeur.

Mais revenons à notre question de départ : de quel point de vue l’enseignant doit être jugé bon ? Celui-ci est placé dans un carrefour de relations humaines et institutionnelles où parfois les intérêts (ou consignes) contradictoires empêchent toute évaluation objective. Alors, doit-il répondre aux exigences des élèves, des parents ou de l’institution ? Peut-il les satisfaire toutes à la fois ?

De l’évaluation des professeurs :

Ces interrogations nous amènent vers la problématique centrale qui est de savoir comment évaluer un professeur ? Mais à l’heure actuelle, les outils d’évaluation ne sont pas assez développés pour que nous puissions objectivement juger un professeur. L’évaluation va de pair avec la formation des professeurs également. Par ailleurs, faut-il le juger sur les résultats circonscrits de l’année scolaire ? Ne faudrait-il pas suivre la trajectoire humaine et professionnelle des élèves pour jauger l’influence qu’un professeur a pu avoir ? Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler le nombre de fois où chacun d’entre nous, au gré des expériences, a revu son jugement concernant tel ou tel professeur de maths notamment. C’est le cas notamment en classe prépa où les professeurs, agrégés, souvent normaliens sont réputés comme étant difficiles avec les élèves en colle, mais également en cours de maths, de physique en prépa scientifiques ou autre en cours de maths en prépa HEC afin de les préparer au mieux aux exigences des concours.

Formation des professeurs

 

Le professeur idéal !

A défaut de pouvoir objectivement évaluer, nous pourrions peut-être nous demander ce que serait un professeur idéal. Là encore, il ne faut pas oublier que cette question va de pair avec celles de l’école idéale, du programme idéal, de l’élève idéal, etc. Essayons pourtant d’en dessiner les contours.

Il y a tout d’abord les résultats : le professeur idéal ferait parvenir ses élèves/étudiants à des résultats escomptés et ce quel que soit le niveau de départ de ces derniers. Le souci de l’équité, de la réussite pour tous qui préoccupe l’éducation nationale en France depuis la IIIème République, devrait accompagner chaque enseignant. Mais il a aussi pour mission de faire naître la vocation chez les apprenants. Or sur cet aspect nous faisons aujourd’hui face à un obstacle majeur : de moins en moins de professeurs choisissent ce métier par vocation. Sans aller jusqu’à qualifier ce métier de simple « gagne-pain », il y a de plus en plus d’étudiants en doctorat (leur nombre ne fait que croître) qui en échange de la bourse qui leur est attribuée sont « contraints » de dispenser des cours de maths ou de français faute de trouver un travail dans leur domaine de prédilection .

Ainsi la notion de transmission (de savoirs, de valeurs) étant de moins en moins présente chez (certains) professeurs, il est de plus en plus impossible de la faire germer chez les étudiants ; c’est un cercle vicieux où l’absence de vocation s’engendre elle-même. Au contraire, certains, comme le professeur de maths des ECS 2 en 1 à la prépa Intégrale, en reconversion professionnelle se découvrent une véritable passion pour l’enseignement et se lèvent à 5h du matin pour « latexiser » les cours de maths, les exercices et les corrigés. Et si c’était la bienveillance avec les élèves et la clarté dans la présentation des notions étudiées qui faisait la différence ?

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Un rôle en mutation :

Enfin, et c’est là un défi de grande taille, il faut repenser le métier de professorat à l’ère d’internet et de bouleversement des rapports sociaux. En effet, le schéma millénaire où le savoir circule verticalement du maître à l’élève est désuet. Le maître n’est plus le détenteur incontesté du savoir puisque ce savoir est accessible à tous, et en temps réel : Wikipedia ne fait évidemment pas tout, mais le maître ne peut plus faire comme s’il n’existait pas. Dans le même ordre d’idée, quid du rôle d’éducateur du professeur ? Là aussi les cartes ont été redistribuées et le professeur doit retrouver sa place parmi ces mutations. Il ne s’agit plus pour le professeur d’apprendre aux élèves à répéter mais de susciter chez eux une envie, un intérêt. Il s’agit de leur apprendre à oser, à se tromper, à s’adapter et avancer parfois sans maîtrise.

Le professeur doit, dans notre monde numérisé, former des élèves à des métiers qui n’existent pas encore, à des technologies qui ne sont pas encore apparues. Alors que la famille voit son rôle bouleversé dans l’éducation des enfants, d’autres groupuscules sociaux, réels (au sens physique du terme) ou virtuels, s’immiscent de plus en plus dans le jeu. Par conséquent, pour être « bon », le professeur d’aujourd’hui doit s’adapter pour être, par moments, plus psychologue qu’éducateur. Mais lui donne-t-on les moyens pour l’être ? La numérisation du savoir, la suppression des notes, la réforme des concours, peuvent-elles constituer des voies pour tendre vers le « professeur idéal » ? Nous aurons peut-être l’occasion d’y revenir dans les prochains articles.

Quoiqu’il en soit, sachez qu’il n’est jamais trop tard pour voir naître en soi la passion de ce métier de professeur. Il n’y a pas de recettes magiques, les méthodes s’acquièrent et soyez aux aguets, souriez : la vocation peut vous prendre à tout moment !

Shayan Mousavi

A propos de Shayan

Professeur de français langue étrangère, je m’intéresse aux problématiques liées à l’éducation et contribue sur le blog de Groupe Réussite.